C’est l’histoire des Trois Petits Cochons à l’envers: après les maisons en briques, revoici celles en rondins de bois et même en paille. Visite de chantier chez un Neuchâtelois.
Le résultat? Une maison solide, à l’atmosphère particulière…
Parents et enfants ont mis du cœur à l’ouvrage: normal, puisqu’il s’agit d’un projet familial et didactique!
Ni entrechoquement de briques ni bourdonnement de perceuses, c’est le chant des tronçonneuses qui résonne sur ce chantier. Etrange, vous avez dit étrange? C’est que la maison familiale que Claude-André Montandon est en train de construire à Boveresse, dans le Val-de-Travers, n’a rien d’ordinaire. Le garde forestier des lieux bâtit en terres neuchâteloises sa «cabane au Canada»: une maison individuelle tout en rondins de bois pour une surface habitable de 200 m2 sur deux étages, avec un garage attenant, aussi en troncs.
Ni clou ni colle, juste des billes taillées et assemblées selon une technique bien connue dans le Grand Nord américain. Le secret de fabrication? «On travaille au millimètre, au compas, pour que tout s’emboîte parfaitement», explique le Neuchâtelois.
Claude-André Montandon n’est pas le seul futur proriétaire à se tourner vers le bois. Les rondins connaissent un succès tout particulier en Valais, alors que de nombreuses demandes sont en cours dans le canton de Vaud. Plus fort: il y en a qui poussent la recherche de matériau naturel jusqu’à construire en… paille, à Disentis (GR) et Riehen, près de Bâle, tandis que ce procédé cartonne en France.
La plupart des maisons en rondins qui poussent sous nos latitudes sortent toutefois de kits prêts à l’emploi en provenance de pays scandinaves, soit du matériel déjà calibré qu’il ne reste plus qu’à monter là où on veut poser sa maison. Ce n’est pas le cas de celle des Montandon. Sa particularité c’est d’être un pur produit de la région, du matériau jusqu’à l’assemblage: ses murs sont débités à la tronçonneuse directement sur le chantier, à partir de bois qui provient du Val-de-Travers. «Grâce à mon métier, j’ai eu la chance de pouvoir moi-même sélectionner les arbres, de les marquer, de participer à toutes les étapes», raconte le Neuchâtelois, qui bénéficie de souplesse dans ses horaires de travail pour pouvoir mettre la main à la pâte sur son chantier.
Quand la lune s’en mêle
Cette maison s’avère même un projet familial et didactique, puisque sa femme et ses trois enfants suivent sa réalisation depuis le début de l’aventure, dans la forêt de Môtiers. Pas moins de 160 sapins blancs y ont été abattus. Mais pas n’importe quand: un 29 mars pour tenir compte de la position de la lune! Voilà qui n’a rien de folklorique: «L’expérience des anciens prouve que la lune a un effet sur la durabilité du bois, sa capacité à ne pas se fendre», sourit le spécialiste.
Garde forestier dans la région neuchâteloise depuis 1997, il n’est peut-être jamais allé au Canada, mais il s’est épris de la technique des rondins en Valais, où il avait pris des cours. Car des bâtiments de ce type, il en a déjà réalisé dans le cadre professionnel, notamment un refuge en forêt. «Depuis, j’ai toujours eu envie de me construire ma propre maison de cette façon. D’ailleurs, pour ma femme et moi, il n’aurait jamais été question de bâtir du traditionnel.» La personne qui dirige leur chantier est, lui, un professionnel valaisan qui a appris cette façon de faire directement au Canada.
Avec un prix du bois au plus bas depuis que Lothar a ravagé les forêts suisses en 1999, on imagine bien l’intérêt de ce type de construction. Mais il faut vite déchanter: «Le coût final revient peut-être à 10 000 francs meilleur marché qu’une maison traditionnelle. C’est vrai que la marchandise a perdu près de 30% de sa valeur depuis Lothar, mais le travail d’assemblage est important pour une construction en rondins», nuance Claude-André Montandon. Quant à la durée des travaux, elle n’est guère moins longue. A Boveresse, ils ont commencé en août, et la famille Montandon prévoit d’emménager en juin prochain.
Une maison vivante
Alors pourquoi se tourner vers le bois? Par philosophie, répond le garde forestier: «Une maison entièrement en bois dégage une atmosphère particulière, une luminosité et une chaleur toutes spéciales. On s’y sent tout de suite bien, et ce n’est pas un hasard. Le bois est vivant: en regardant ma maison, je vois encore les arbres debout! Et il continuera à vivre quand on y sera installé. C’est une maison qui va craquer, c’est sûr! J’espère que les enfants n’en feront pas trop de cauchemars!»
Car le problème du bois, c’est assurément le tassement. «Quand il sèche, il diminue de volume et va ainsi s’écraser de 6%», relève Claude-André Montandon. Des astuces existent pourtant pour contrebalancer ce processus et éviter que la maison ne s’affaisse. Aucune crainte donc que l’histoire des trois petits cochons ne se répète et que le ciel ne tombe sur la tête de la famille Montandon. «C’est du solide», assure le garde forestier.
Selon lui, si le bois ou la construction en bois a encore si mauvaise presse, c’est que la population est probablement encore traumatisée par les incendies de villages ou de quartiers entiers de maisons en bois des siècles derniers. «La loi a longtemps interdit les habitations en bois. Ce n’est plus le cas à présent. D’ailleurs, une étincelle à côté d’un rondin ne va pas faire flamber notre maison.» Certaines exigences sont toutefois incontournables notamment concernant l’isolation du local de chauffage. Côté assurances, la construction «tout en bois» passe dans une classe incendie un peu plus élevée qu’habituellement. «On doit aussi respecter des distances de sécurité plus grandes entre des maisons en bois qu’entre des bâtisses classiques.»
Les arbres à l’honneur
Chez les Montandon, c’est 100% bois du sol au toit: il n’y a rien à jeter dans l’arbre qui est entièrement utilisé, les troncs pour les façades et le bois des cimes pour les planchers, par exemple. L’isolation est, quant à elle, assurée par de la laine de mouton dont sont farcies les pièces de bois, et c’est du chanvre d’Allemagne qui remplit cette mission pour sols et plafonds. Le chauffage fonctionnera forcément au bois. Et les meubles? «Nous sommes très attachés à montrer qu’une maison en bois ne se marie pas qu’avec du rustique, mais s’accorde très bien d’un intérieur moderne, comme le sera le nôtre!»
Faire honneur au bois, montrer aux gens que ce type de construction est possible, c’est la grande mission que s’est donnée la famille Montandon: «Nous sommes frustrés du manque de mise en valeur de ce matériau alors qu’on se donne tellement de mal en sylviculture. Nos forêts, celles du Val-de-Travers par exemple, connaissent une renommée internationale. Elles affichent un potentiel d’exploitation de 50 000 m3 par an. Et là, pour se faire une idée, on n’utilise que 220 m3 de bois rond!»
En attendant, la maison du Neuchâtelois est déjà l’objet de curiosité de toute une région. Une institutrice l’a même choisie comme terrain didactique idéal pour traiter avec sa classe de la chaîne du bois.
Isabelle Kottelat / Photos Xavier Voirol
Simple comme une botte de paille
Non, vous ne rêvez pas: il est possible de construire sa maison en bottes de paille sans risquer les foudres du grand méchant loup! La tendance, née aux Etats-Unis il y a plus d’un siècle, connaît un boom depuis deux ans en France: les stages de formation affichent complet, attirant de futurs propriétaires séduits par un matériau simple, naturel, à la portée de tous, techniquement comme financièrement. L’intérêt réside surtout dans la possibilité de pouvoir bâtir soi-même sa maison.
En Suisse, l’idée fait aussi son chemin, mais plus lentement. «La Revue durable», publication réalisée à Fribourg qui traite des tendances en matière d’écologie, y consacre plusieurs pages dans sa dernière édition, tandis que deux constructions de ce type trônent déjà à Disentis (GR) et à Riehen (BS). Elles sont toutes deux l’œuvre de l’architecte Werner Schmidt. Son partenaire, l’ingénieur fribourgeois Peter Braun, vient de donner une conférence sur ce type de construction. Il en détaille les problématiques.
Le risque d’incendie: une maison en paille est assimilée à une construction à ossature en bois ou avec isolation en flocons de laine de papier, qui nécessitent certaines dérogations en matière d’assurances. Récemment, des essais conduits en Autriche révèlent qu’on peut éteindre un feu de paille.
L’humidité: il faut de rigoureuses mesures de construction pour éviter que l’eau ne pénètre dans la paille, notamment une bonne toiture à larges avant-toits ou des pilotis en béton.
Les rongeurs: ils adorent la paille! On contourne le problème en enrobant la paille et en la recouvrant d’un treillis très dense.
Un matériau porteur: la paille a des capacités portantes suffisantes pour une maison à deux étages. Il y a cependant un savant équilibre à trouver avec les cadres en bois.
Le coût: le prix d’une maison individuelle «classique» ressemble à celui d’une construction traditionnelle.
Quel intérêt alors? Ce genre de maison est autonome énergétiquement, autrement dit, elle chauffe toute seule. «La paille est un bon isolant et se recycle entièrement, complète Jacques Mirenowicz, corédacteur en chef de «La Revue durable». Ces constructions ont l’air convaincantes. Elles bénéficient d’un suivi officiel et institutionnel.»
une maison en paille est assimilée à une construction à ossature en bois ou avec isolation en flocons de laine de papier, qui nécessitent certaines dérogations en matière d’assurances. Récemment, des essais conduits en Autriche révèlent qu’on peut éteindre un feu de paille.il faut de rigoureuses mesures de construction pour éviter que l’eau ne pénètre dans la paille, notamment une bonne toiture à larges avant-toits ou des pilotis en béton.ils adorent la paille! On contourne le problème en enrobant la paille et en la recouvrant d’un treillis très dense. la paille a des capacités portantes suffisantes pour une maison à deux étages. Il y a cependant un savant équilibre à trouver avec les cadres en bois. le prix d’une maison individuelle «classique» ressemble à celui d’une construction traditionnelle. Ce genre de maison est autonome énergétiquement, autrement dit, elle chauffe toute seule. «La paille est un bon isolant et se recycle entièrement, complète Jacques Mirenowicz, corédacteur en chef de «La Revue durable». Ces constructions ont l’air convaincantes. Elles bénéficient d’un suivi officiel et institutionnel.»
Source: www.migrosmagazine.ch