Pourquoi changer de manière aussi fondamentale la loi sur les forêts qui, comme le dit le Conseil fédéral dans son message à l’Assemblée fédérale, « globalement, a fait ses preuves »? Change-t-on plus de la moitié des articles d’une loi qui a fait ses preuves? De plus le projet de révision de la loi sur les forêts s’attaque aux articles pilier de cette loi, ceux-là mêmes que l’initiative « Sauver la forêt suisse » déposée par Helvetia Nostra, veut justement renforcer.
Une loi, et plus encore une loi sur les forêts, doit donner les règles fondamentales sur le long terme qui permettront au citoyen d’œuvrer sans porter préjudice à l’intérêt public. Modifier de manière aussi fondamentale une jeune loi forestière comme la nôtre (adoptée en 1991), c’est stopper net toutes les heureuses impulsions qu’elle a données.
Le projet de révision sur les forêts base sa réflexion sur une situation très particulière que l’on a connu juste après « Lothar ». Situation caractérisée par une offre en bois pléthorique et des prix du bois désastreux. Dieu merci, la situation a bien changé depuis. Les prix du bois sont meilleurs et la demande s’intensifie. De plus les perspectives d’avenir pour l’utilisation du bois dans la construction et comme source d’énergie sont excellentes. C’est bien à une situation de forte demande de bois que nous devons nous préparer. Au lieu de cela, le Conseil fédéral a publié le 28 mars dernier un projet de révision de la loi sur les forêts qui se réfère à une situation particulière d’offre pléthorique en bois (suite d’une tempête) et dépassée. C’est une loi « Lothar »!
Le Conseil fédéral abandonne le principe de la multifonctionnalité de la forêt qui veut que l’entretien de la forêt serve la production de bois tout en assurant notre protection contre les dangers naturels, l’accueil du public pour la détente et le sport et en maintenant en forêt un habitat pour la faune et la flore. Il veut fixer des fonctions prioritaires. Là, la forêt doit assurer sa fonction protectrice, ici être un havre de paix pour la biodiversité. Et ailleurs? Il laisse le champ libre à la récolte industrielle du bois. Pourtant aujourd’hui déjà, dans le cadre de la gestion multifonctionnelle de la forêt, le forestier met en place les synergies nécessaires pour servir 4 buts à la fois et équitablement, la production de bois, la protection, l’accueil du public et le maintien de la biodiversité.
Pour le Conseil fédéral, le fait que la forêt s’étende sur les surfaces agricoles délaissées est un problème! Mais, il n’en est rien, c’est un processus naturel sur lequel le projet de révision qu’il a présenté n’aura aucune influence! De plus la forêt s’étend essentiellement dans les régions alpines là où la lutte contre toute forme d’érosion est essentielle. Je me permets aussi de rappeler que dans les pays en développement la surface forestière rétrécit d’une surface équivalente à 2.5 fois la superficie de la Suisse annuellement. Avec, chez nous une surface gagnée par la forêt équivalant à la surface du lac de Thoune par an, nous participons, à l’échelon mondial, à une bien petite compensation pour que notre planète ne se retrouve pas dépourvue de toute forêt d’ici quelque temps.
Nous le voyons, le Conseil fédéral n’a pas voulu prendre en compte le signe clair donné par le peuple au moment du dépôt de l’initiative « Sauver la forêt suisse ». Elle reste donc indispensable pour défendre les principes d’un bon entretien de la forêt.
Jan Boni, Comité de soutien des amis de la forêt